lundi 10 février 2014

LA FEE VERTE

Illustration (c) Aly Fell
"La Fée Verte "
Absinthe : petite plante anodine qui déchaîna les passions, elle est indirectement à l'origine de tous les pastis. On la nommait La Fée Verte... Elle n'avait rien de bénéfique, cette fée-là... Mais l'humain ne sait pas non plus consommer sans excès...  

Viktor Oliva
"Le Buveur dAbsinthe"
1901
Café Slavia - Prague
Art Nouveau

Cependant, elle offrit à plusieurs artistes le sujet du "buveur d'absinthe" à l'expression hagarde, mélancolique ou tourmentée, en proie au poison, au contraire des affichistes qui devaient vendre le produit et dessinaient une gaité effrontée.


Affiche Artistique G de Malherbe.
Image Pinterest


"Tenez, ajouta-t-elle, en montrant son verre, j'ai mangé ma prune; seulement, je laisserai la sauce, parce que ça me ferait du mal." 
Emile Zola "L'Assomoir" Chapître II.

Leonhart Fuchs (1501-1566)
Wermut Absinthium Artemisia
 1543


On a du mal à situer l'origine géographique de l'absinthe, mais l'on sait avec certitude qu'elle fut employée comme plante médicinale depuis l'Antiquité, et par les Egyptiens.



Affiche Nover
Art Nouveau

On trouve la première trace écrite de l'absinthe dans la littérature du XVIIIe siècle, sous sa forme distillée, dans une boisson médicinale qui mêlait anis vert et fenouil, création d'une rebouteuse suisse, Henriette Henriod (ou Suzanne Marguerite Henriod selon les sources). Daniel Henri Dubied et son gendre Henri Louis Pernod en acquirent la recette et fabriquèrent la première boisson apéritive à base d'absinthe. 

Edgar Degas
Absinthe
1876
Impressionnisme

En 1805, Henri Louis Pernod monta sa propre distillerie à Pontarlier, l'absinthe restait encore une boisson locale... En 1830, les troupes françaises parties à la conquête de l'Algérie prirent l'habitude d'ajouter quelques gouttes d'absinthe dans l'eau de boisson afin de limiter les effets de la dysenterie. Dès leur retour en métropole, ces soldats contribuèrent à faire connaitre la liqueur. 

Axel Törneman
"Absinthe"
 1902
Expressionnisme

La forte demande en absinthe fit progresser sa production. Son prix chuta dans les années 1870, afin que la boisson, réservée à une élite, y compris intellectuelle, puisse devenir un produit de consommation courante, jusqu'à devenir moins chère que le vin, pour les absinthes de mauvaise qualité.


Albert Maignan
"La Muse Verte"
1895
Amiens Musée de Picardie
Mais la fée verte est aussi un poison. Elle est abortive et le méthanol qu'elle contient est un neurotoxique. Dès 1875, les médecins, les ligues anti-alcooliques, l'Eglise et les syndicats se lièrent afin de faire interdire la production de "l'absinthe qui rend fou". Son interdiction fut seulement prononcée le 16 mars 1915, soit 40 ans plus tard ! 


Albert-Emmanuel Bertrand
"Buveuse d'Absinthe"
1890
Art Institute of Chicago
Les fabricants se reconvertirent : En 1932, Paul Ricard fut le premier à connaitre le succès commercial avec une boisson anisée sans sucre : le premier pastis était né.

Ramon Casas i Carbo
"Madeleine au Moulin de la Galette"
Titre Espagnol "Madeleine ou l'Absinthe"
1892
Musée de Monserrat
Image Pinterest

Rituel de l'Absinthe : 

Les Japonais ont leur cérémonie du thé, les Français avaient le rituel de l'absinthe qui faisait aussi l'attrait de cet apéritif. La liqueur était versée pure dans un verre qui proposait un petit réservoir, à la juste dose. On plaçait alors la cuillère à absinthe sur le verre, dans laquelle on disposait un morceau de sucre. Goutte à goutte, on l'imbibait avec de l'eau glacée, au final, on diluait l'absinthe dans 3 à 5 fois son volume d'eau. Cette lenteur dans la préparation permettait la libération des arômes de la plante.


Jean Béraud
"Les Buveurs d'Absinthe"
1902
Cabaret Littéraire : 
"Coupeau, lui aussi ne comprenait pas qu'on pût avaler de pleins verres d'eau-de-vie. Une prune par-ci par-là, ça n'était pas mauvais. Quant au vitriol, à l'absinthe et aux autres cochonneries, bonsoir, il n'en fallait pas. Les camarades avaient beau le blaguer, il restait à la porte lorsque ces cheulards* là entraient à la mine à poivre*."
Emile Zola "L'Assomoir" 1871

Cheulards : soiffards, soulôts
Mine à poivre : cabaret, débit de boissons

Jean Béraud
"La Lettre"
1908


Je vous propose d'écouter et de regarder la sculpturale et talentueuse Sofia Essaïdi elle incarne une superbe fée Absinthe...

CLIC ICI

Image Pinterest


Ce billet ne fait en aucun cas l'apologie de l'absinthe, sachez apprécier et consommer avec modération tout ce qui, en abus, est un danger pour la santé.

Franz Eugen Köhler
"Artémisia Absinhium"
1897

Privat-Livemont
1896
Affiche Art-Nouveau

Absinthe Universal by ~Farothiel on deviantART


32 commentaires:

  1. Dangereuse mais tellement sexy, cette fée verte !
    Un passage rapide ce matin, avant le travail, il pleut à verse chez nous...
    Je t'embrasse très fort, Nathanaëlle, belle semaine à toi !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est le contraste entre la réalité que les artistes représentaient et la publicité faite pour ce poison que j'ai voulu montrer. Vi, elles sont sexy ces fées, et tout le monde tombait dans le piège de cette diablesse verte.
      Bisous sous la pluie et belle semaine Norma !

      Supprimer
  2. je me souviens de l'élixir parégorique vendu dans les pharmacie...
    et de ...tisanes en fait décoctions d'anis étoilé, d'anis vert fenouil et coriandre préparé par le grand père pour soigner les maux de ventres... c'est bien loin de la fée verte qui nous as laissé des pages littéraires et des tableaux superbes.
    bises Nathanaëlle
    merci pour cette fée verte (ou sorcière suivant l'usage qu'on en fait)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah ouiiiiiii ! je me souviens de ce nom, "élixir parégorique" je n'en ai jamais vu, mais entendu parler par mes grands parents... Il n'y avait pas de la morphine dedans non ?
      Une tisane d''anis étoilé, je connais et j'ai même gouté.
      Je pense que c'était effectivement une diablesse cette fée verte ! lol
      Bisous Josette !

      Avant de valider mon commentaire, je viens de regarder sur wikipedia, c'est de l'opium qu'il y avait dans l'éléxir parégorique ! Ouch ! lol

      Supprimer
  3. La première fois que j'ai entendu le nom de fée verte, c'est en Suisse, j'ai trouvé que c'était un beau nom, mais je n'ai pas goûté, par contre Ange, si et exactement comme tu l'as présentée, dans un beau verre, avec la cuillère le sucre et je crois on flambe aussi ?
    Tu as trouvé une belle ribambelle de tableaux et de publicité, un beau billet !
    Je t'embrasse Nath
    Dany

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah ! Quelqu'un a goûté ! lol Et cela a un gout anisé ou c'est amer comme la Gentiane (de mon Pays Vert lol)
      La "cérémonie" est jolie effectivement, c'était aussi l'attrait de cette fée lol Je ne sais pas si on la flambait...
      J'ai essayé de montrer le coté réaliste des artistes, qui représentaient les buveurs en proie à la mélancolie ou au trouble et la publicité mensongère qui faisait l'apologie de ce poison.
      Bisous Danielle, plein de calinous à ta tribu féline

      Supprimer
  4. It's funny how a drink that was once so popular, is now rarely drunk. The paintings, drawings you collected around this theme are really beautiful!

    Sending some extra warmth from Holland to the Auvergne! Normally it's the other way around :-)!
    Stay warm Nathanalle!

    Madelief x

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. It was'nt a fairy, it was a devil, this drink !
      Nice and sweet evening Madelief,
      Nath xxx

      Supprimer
  5. Bravo Nathanaëlle, pour ce bel exposé sur cet alcool (interdit en 1915 et de nouveau totalement libre à la fabrication depuis 2010) et pour son illustration.

    Découverte de la "Buveuse d'Absinthe" du musée de Chicago, ainsi que les buveurs de Béraud que j'aime beaucoup (les deux). Les illustrations de début et de fin sont également intéressantes et je suis fan de la dernière !

    L'absinthe est un sujet qui se trouve dans les cartons du grenier depuis pas mal de temps et qui va encore y rester un certain temps ;-)

    Merci pour cette occasion de mettre mes connaissances à jour.
    Bisous et belle nuit, Nathanaëlle

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La fameuse thuyonne, c'est elle qui rendait fou ou paranoiaque... Ah la bataille de l'alcool, tout ce qui est dangereux pour la santé échauffe les esprits, on se bat pour défendre sa réhabilitation, pour mieux empoisonner les soiffards lol
      Bisous et douce soirée Tilia !

      Supprimer
  6. Oups ! j'ai oublié que je souhaitais te faire connaître cette Ode à l'absinthe attribuée (sans preuve) à Alfred de Musset

    rebisous ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Némésis de l'orgie... si j'avais su la trace de ce poème, je l'aurais inséré dans ce billet, il est hyper bien tricoté, mais c'est Musset ! lol
      Merci Tilia ! Bisous

      Supprimer
  7. je ne connaissais pas la fée verte, et je trouve que cela fait une bien belle affiche, merci pour ce magnifique billet, très beau, et très intéressant.
    bisous bisous, et ronrons d'Opale et Sonye
    Laurence

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Elle était redoutable cette diablesse lol mais les allégories sont rès belles en effet,
      Bises Laurence et gros calinous à tes petites chéries

      Supprimer
  8. je me suis souvent demandé quel goût elle avait cette fée verte...je reste sur ma soif..en fait ce qui m'intriguait c'est le cérémonial : le verre, la cuillère etc...je n'aime pas le pastis, l'anis non plus...mais ton billet ouvre des perspectives, si bien illustré et puis Sofia...quelle chanteuse, quelle artiste..OUF elle n'a pas eu besoin de gagner la Star machinchose( sorry)
    Bisous...hips et pourtant...j'ai pas bu!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un peu anisée je crois, mais je n'en ai jamais gouté ! Ceci dit, je ne bois jamais d'alcool donc si l'occasion m'était offerte, je ne la gouterai pas lol
      ah Sofia ! Elle fut une Cléopâtre de grand talent de plus, elle est magnifique. Non, il ne suffit pas de gagner un télécrochet pour faire carrière, d'ailleurs celles et ceux qui avaient vraiment du talent sont sortis du lot, (ce ne fut pas sans s'accrocher) comme Olivia Ruiz par exemple.
      Bisous non anisés lol

      Supprimer
  9. Pour moi c'est un mot presque magique, évocateur des cabarets, ambiance fin 19ème, le Moulin Rouge. Je ne sais trop pourquoi d'ailleurs !
    Les affiches sont magnifiques. J'aime tout particulièrement "La fée verte " et "l'affiche Nover".
    Un billet instructif, faisant en quelque sorte voyager.
    Bonne soirée.
    Nat à Chat

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un petit peu ce qu'évoque la chanson et le clip de Sofia Essaidi. L'absinthe reste attachée à la grand époque du Moulin Rouge, donc on y pense forcément lol
      Belle soirée Nat à Chat, bisous

      Supprimer
  10. La dernière fois que j'en ai bu (Phil), ça fait deux ans. C'était dans un bar parisien qui en propose une trentaine de marques, et, bien sûr, conformément au rituel, glop !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu as gouté ? C'est amer ou pas ? Une trentaine de marques ! Tant que cela ? wouf ! lol
      Bises et belle soirée Phil et les minous

      Supprimer
    2. C'est peu amer, et on s'y fait très bien. C'est le premier bar à absinthe de France depuis la fin de la prohibition, en fait, la carte présente plus de 50 absinthes de 3,5 à 12 € (et le titrage en alcool va jusqu'à 72 °). Miaou nuit.

      Supprimer
    3. Amer ? Alors pas pour mon gosier lol 50 absinthes ! Et ben... Je suppose qu'elle ont toutes une différence par rapport aux autres. 72° ! C'est buvable ? lol Enfin cela doit pouvoir s'avaler puisque cela existe, mais à un tel degré, ressent-on un gout ou une brûlure ! lol
      Allez bonne nuit les chats et Phil, mais sans absinthe lol je suis entrain de finir ma tasse de tilleul lol

      Supprimer
  11. Dès qu'il s'agit de fée... je suis tout de suite comblée, même si elle est verte ! Mais il y a un hic : je ne bois pas d'alcool (ou très peu), et j'ai une sainte horreur du gout anisé. Cette fée pourra déployer tous ses charmes, je ne succomberai pas !
    Les affiches et les tableaux que tu nous proposes ici reflètent bien la magie de cette boisson effroyable à l'époque (maintenant, je crois qu'ils ont supprimé la mauvaise molécule), les buveurs tentés par cette fée si belle distillant ses vapeurs enivrantes y succombaient souvent.
    Bon mercredi... avec ou sans absinthe !

    Biseeeeeeeeeeeeeees de Christineeeeeeeeeeeeeeee

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah les fées... Mais celle-ci est bien spéciale tout de même lol Je ne bois pas non plus, pour moi tout est "vitriol", imbuvable quoi lol, Tu veux parler de la thuyonne, on a réussi à la retirer ? donc l'absinthe ne rend plus fou lol
      Bon jeudi sans absinthe lol Bisous Christine !

      Supprimer
  12. Très beau billet, une fois encore, et que ces verres sont beaux ! Je reste éberluée par ce que dit Tilia, la fée du commerce et la fée verte s'unissent en toute liberté et en toute légalité... Le monde est un peu fou quand même ! Bises. brigitte

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le monde est complètement fou pour être autant attiré par les alcools, et le commerce mise sur les travers des gens et leurs excès, et on vente les poisons...
      Bisous Brigitte, bon jeudi !

      Supprimer
  13. Les drogues avaient de bien jolis noms en ce temps là...
    Je n'y ai jamais goûté mais ton article m'en donnerait presqu'envie tellement les représentations de la Dame sont séduisantes. Tu nous a offert un article fabuleusement documenté et je vais y revenir pour mieux voir et admirer les illustrations.
    A très bientôt donc.
    Grosses bises.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est comme dans le Chaperon Rouge "Grand Mère, que tu as de grandes, dents, c'est pour mieux te manger mon enfant" Et là c'est pareil, : La fée verte est jolie, son nom est poésie, c'est pour mieux la vendre et qu'elle t'attire encore plus mon enfant lol,
      Bon jeudi Marie Paule, Bisous !

      Supprimer
  14. Dans tos les tableaux que tu présentes ici , les regards nous montrent bien le pouvoir de cette potion magique..
    En tous cas c' est un cours magistral de l' oenologie de ce temps que tu nous offres...Tu sais , j' en ai goûté et n' ai pas gardé de ce breuvage un souvenir impérissable..!!
    Je préfère une petite " Salers "avec un glaçon...!!
    Bisous Nath

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, elle devait envoûter les buveurs, Une Salers ? Oh c'est ameeer ! lol Autant j'adore nos pountis, nos choux-farcis, notre truffade et aligot, mais la Salers, ah je ne peux pas ! lol On est très jus de fruit bio à la maison lol
      Bisous Mathilde et doux week-end

      Supprimer
  15. Hier soir, au cours de dessin, je ne sais plus pourquoi mais certains ont parlé de l'absynthe et des tableaux s'y référant. Du coup, je leur ai envoyé le lien de ton billet... ça te fera quelques visites supplémentaires !!!!

    Rebiseeeeeeeeeeeeees

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est super gentil, merci Christine ! Bisous

      Supprimer

Merci pour votre petite touche de couleur...