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lundi 23 juin 2014

MELON

c) Lois Petten Jenkins
"Melon Choly"
Aquarelle

LA DRÔLE DE POMME VENUE D'ITALIE...

Cucurbitacée... Ce nom fait toujours sourire le profane en botanique... Le MELON est une cucurbitacée. Cucumis Melo, ainsi se nomme-t-il dans la langue des botanistes.

Il est difficile de remonter à ses origines, car les mots pour désigner ce singulier légume-fruit dans les anciens écrits qualifient tout autant les concombres que les courges, les gourdes et autres calebasses.
N'oubliez pas de cliquer sur les liens (en violet) et les images.


Giovanna Garzonni
1600 - 1670
Nature Morte aux Melons
Baroque Italien

Le Melon est cependant originaire de l'Afrique de l'Ouest. De là, il gagna l'Asie, puis revint vers l'Asie Mineure avant de s'installer chez nous. Il est sans doute cultivé depuis plus de 4000 ans. Pline l'Ancien, naturaliste et grand collecteur du Savoir antique, parle de la culture du melon dans la région napolitaine. Il le décrit comme un concombre rond, au parfum suave et au gout exquis. Il nomme Melopepo ce nouveau fruit semblable à une grosse pomme (melo en latin).


(c) Jean-Christophe Gondouin
La Tranche de Melon
2013
Huile

Charles Naudin, à qui l'on doit une classification moderne des courges, y mit donc bon ordre en 1860, et nous aide aujourd'hui à retrouver la trace du melon...


Ernst Benary 1877
Planche de Melons
Album Benary


L'origine de nos melons se situe en Italie, où il fut introduit depuis l'Arménie. Les moines des terres papales de Cantalupi améliorèrent son goût en lui ôtant toute amertume. 
Charles VIII ramena des melons lors de son expédition de 1495 lors des Guerres d'Italie, on les connait aujourd'hui sous le nom de Melons Cantaloup

(c) Larissa Peysin
Reflections of Melon
Aquarelle

Dans le même temps, les papes amenèrent le Cantaloup en Avignon et dans le sud de la France, notamment dans l'enclave papale du Comtat Venaissin.


Cristofero Munari
(1667-1720)
Nature Morte au Melon, coupe octogonale et plat en argent
via

Ce gros melon brodé prit également racine en Touraine, en Anjou puis en Charente, et remonta plus tard vers la Bretagne. Pendant cette période de migration, le melon, déjà très changeant par son importante faculté à s'hybrider, se diversifia en variétés comme le Cavaillon, le Charentais, ou le Petit Gris de Rennes à l'épiderme duveteux et bleuté...


Claude Monet
Nature Morte au Melon
1872

Lisbonne, Fundaçao Calouste Gulbenkian
Impressionnisme

Si l'on considère les melons cultivés jadis, on mesure à quel point ils diffèrent de ceux que nous dégustons aujourd'hui. Bosselés, aplatis, verruqueux, à peau vert foncé, ou très claire, tachetée ou argentée... Au sein d'une même variété, les variations peuvent être très grandes selon les conditions de culture. Le Cantaloup, quant à lui, offrit rapidement d'autres variétés comme le Castelnaudari, le "de Perpignan", "de Quercy", "de Pézenas", ou "de Côte Rôtie"...

(c) Robert Papp
Honeydew Melons

Jusqu'aux années 1960, on a cultivé de bien étranges melons que l'on redécouvre aujourd'hui grâce à l'engouement pour les légumes oubliés.


Les Calissons d'Aix-en-Provence
Photo (c) Anne-Laure Jaquart

LE CALISSON D'AIX...

Hormis les belles tranches confites gorgées de sucre, on a bien du mal a situer le melon en confiserie. On ne connait pas de sucettes, de bonbon, de pastille ou de gomme renfermant ce précieux fruit. Il faut avoir les sens en alerte pour le débusquer dans les Calissons d'Aix où l'amande lui vote pas mal la vedette.


Calissons
Image Pinterest


Le Calisson d'Aix apparut en 1454, lors du mariage entre l'amateur d'Art René d'Anjou (plus connu sous le nom de "bon roi René"), veuf d'Isabelle 1ère de Lorraine, et sa seconde épouse Jeanne de Laval. On dit que le confiseur du roi aurait réussi à dérider la très timide, et par de ce fait un peu revêche, Jeanne, en lui présentant cette nouvelle douceur : "Di câlins souns" (en Provençal "Ce sont des câlins") Le nom de la confiserie viendrait de là.

(c) John O'Grady
Ceramic & Melon


Une autre hypothèse nous rassemble à l'église pour trouver l'étymologie du calisson : 

Autrefois, on distribuait des calisson 3 fois par an à l'église Notre-Dame de la Seds à la place des hosties. Le prêtre prononçait la phrase "Venite al cadicem" à l'adresse des fidèles, mais en provençal cela donnait : "Venès touti al cadisoun". 
Cette tradition était peut-être une réminiscence de l'an 1630, moment de la grande peste (à Venise, à Milan, et même en Lorraine), où les calissons furent distribués à la place des hosties pour prévenir de la maladie...


(c) Richard Williams
"Cantaloupe and Grapes"


Selon le cahier des charges de l'Union des Fabriquants de Calissons d'Aix-en-Provence, le calisson se compose d'amandes douces (les amères sont facultatives) récoltées dans le Bassin Méditerranéen (32%) d'un mélange de fruits confits (30%) dont le melon exclusivement de Provence représente à lui seul 80% minimun) le reste se répartit entre l'orange, le citron, la mandarine, la pêche et l'abricot. 


Calissons
Image Pinterest

Le glaçage se compose de sucre et de blanc d'oeuf de poule. Les arômes de vanille, fleur d'oranger et jus de citron restent facultatifs. La préparation repose sur une feuille de pain azyme, la forme losangée aux angles arrondis et les dimensions du calisson sont également codifiés.


 © Karla Uphoff

"Melon Slice Cropped"

Huile

Même le Calisson a son Santon...

A gauche, la Vendeuse de Calissons (Santon Richard d'Aix) 

offre des calissons  à ce couple (Santons Marguerat).

Au centre, la femme au panier est un santon Marinacci, 

à droite, le valet de ferme est un santon Truffier.

Image Pinterest

Et maintenant, bon appétit ! 

Julian Merrow-Smith
Melon Slice and Sabatier
via



mercredi 10 juillet 2013

CITRONNADE ?

Giovanna Garzoni
"Trois Citrons et une Abeille" XVIIe
Ecole Napolitaine - Baroque Itailien
Par cette chaleur, ces citrons sont tentants... Mais comment les accommodez-vous ? Dites moi... Sinon, rendez vous au prochain billet...:D

Belle journée à toutes et tous ! 

jeudi 15 novembre 2012

JAUNE CITRON

Giovanna Garzoni
"Trois Citrons et une Abeille"
XVIIe siècle
Baroque Italien
Jaune Citron...
Sa couleur or et sa pulpe délicate protégée par une écorce grenue font du citron le fruit de la perfection décrit dans la Bible, l'autre "Pomme d'Or", parfois confondu avec le fruit de la Tentation. Or, le citron a de sérieux atouts pour symboliser à lui seul l'immortalité. Il fleurit et fructifie en toute saison, Hiver inclus. Ses vertus médicinales en ont fait le guérisseur de bien des maux.
 
 
Giovanna Garzoni
"Nature Morte au Plat de Citrons"
Vers 1640
Baroque Italien
Cher Citron... 
En Peinture, le citron apparut à la Renaissance, mais seulement en qualité d'ornement précieux,  car il était si rare que son prix était quasiment prohibitif. Déjà, l'empereur Romain Doclétien avait fixé son prix à douze fois celui d'un melon ! Indispensable au rituel Juif, après l'exode de Babylone, les Hébreux l'adaptèrent à nos climats et difusèrent sa culture en Europe.
 
Jacob van Hulsdonck
"Nature morte avec Citrons, Oranges et Grenades"
1640
Doc : Getty Center - Los Angeles
Baroque Flamand
Prodigieux Citron...
Dans la Peinture Flamande, puis Hollandaise du XVIIe siècle, le citron fut l'ornement des fastueuses tablées des mises en scènes de Natures Mortes, entier ou délicatement pelé.
Plus que symbole de l'immortalité, il devint celui du temps qui passe et de la vanité des biens terrestres. Au XIXe siècle, sa culture s'intensifia et sa consomation devint courante. Manet et les Impressionnistes négligèrent toute signification religieuse au citron et firent oublier peu à peu celle-ci.
 

Edouard Manet
"Citron" 1880
Impressionnisme
Musée d'Orsay - Paris

Couleur Citron...
La couleur du citron a valu bien des déboires aux artistes. Fabriqué à partir de l'orpiment, (pigment naturel dérivé de l'arsenic), ou à partir d'urine et de bouse de vache pour le Jaune Indien, ou par un mélange de plomb et d'oxyde d'antimoine pour le Jaune de Naples, les recettes chimiques de fabrication du jaune restent très toxiques sans pour autant parvenir à rivaliser avec l'Or pur. En peinture, le jaune a fini par devenir la représentation des exclus, des traitres et des menteurs...  Une couleur péjorative aux antipodes de ses vertus symboliques.
 
Pieter Claesz
Nature Morte aux deux Citrons
un Façon de Venise en verre, Roemer,
Couteau et Olives sur une Table
1629
Metropolitan Muséum of Art - New-York
 
Pieter Claez
"Nature Morte au Crabe" XVIIe siècle
Baroque Hollandais
Musée des Beaux-Arts - Strasbourg
 
Francisco de Zurbaran
"Nature Morte aux Citrons, Oranges et Rose"
vers 1633
Baroque Espagnol
Norton Simon Fondation - Los Angeles
Fabuleux Citron... 
En Espagne dès 1633, en plein Siècle d'Or et sous le règne de Philippe IV, le précieux citron fit son entrée dans les cuisines européennes. Ce tableau de Francisco de Zurbaran est une "Vanité" sans crâne, la mise en scène rigide et théatrale rappelle sciemment les symboles des sujets représentés : l'Orange comme le Citron figurent l'immortalité et la Rose coupée rappelle la brièveté de la vie. Par cette oeuvre, l'artiste invite à se méfier des tentations matérielles  de ce monde et à méditer sur notre condition mortelle.


Henri-Achille Zo
"Aguadora"
Vers 1900
Musée d'Orsay
Document : Base Joconde
 
Claude Monet
 "Citrons sur Branche" 1884
Impressionnisme
Guiseppe Arcimboldo
"L'Hiver"  - 1573
Maniérisme
 Kunthistorisches Museum - Vienne
Regardons de plus près ce buste de vieillard de profil sur fond noir. Il fait partie de la série des Quatre Saisons peintes par Guiseppe Arcimboldo. Le surprenant puzzle est composé d'une souche à l'écorce crevassée, de racines, de champignons, de lierre, d'une natte d'osier et de deux fruits. Arcimboldo brouille les pistes (mais l'on connait son sens de l'humour ! ) avec ces motifs sensés évoquer la vieillesse, la laideur et la mort. Car un détail détonne : le citron rutilant accroché au cou du personnage. Le symbole de l'immortalité et de la fertilité au coeur de l'Hiver ensoleille le tableau. A travers cette image codée, l'artiste n'oublie pas de flatter la longévité des Habsbourg, ses mécenes (Arcimboldo était le protégé des empereurs Maximilien II et Rodolphe II). Habile message politique en temps de guerre, l'oeuvre a été construite comme une énigme à plusieurs sens, mais le XVIe siècle était résolument Manieriste !

Guillaume Van Deynum
"Nature Morte aux Fruits" XVIIe
Musée de Picardie - Amiens

Jacob Foppens Van Es
"Nature Morte au Pichet" XVIIe siècle
Valenciennes - Musée des Beaux-Arts

Andrée Karpelès
"Nature Morte au Citron"
Musée des Beaux-Arts - Limoges
Doc : Peintures et Musées de France
Source documentation : d'après Hélène Mugnier - Ed Plume de Carotte.