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dimanche 16 novembre 2014

LES PARAPLUIES D'AURILLAC

(c) Carol Jessen
"Blue Umbrella"
Pastel


"L'Aurillac", vous connaissez ? C'est une marque de parapluies crées et fabriqués ici, à Aurillac, cité bi-millénaire. Allez, c'est parti, je vous raconte l'histoire des parapluies d'Aurillac... Et du parapluie tout court, par la même occasion ! lol 


Doc : "Aurillac Berceau du Parapluie"
Auteur Jean Piganiol - 2009

Je vous ai déjà parlé des légendes de la Jordanne, dont celle des paillettes de l'or des Arvernes... Est-ce vraiment une légende ? 
On dit qu'au Moyen-Âge, l'or jeté jadis dans la rivière par les Arvernes, lors des invasions romaines, était recueilli et s'échangeait contre du cuivre ramené d'Espagne par les pélerins du nord de l'Europe, de retour de Saint-Jacques de Compostelle. C'est ainsi que la tradition des batteurs de cuivre et des dinandiers vit le jour à Aurillac. Quel rapport avec les parapluies me direz vous ? Attendez... 


Doc "Aurillac Berceau du Parapluie"
Auteur Jean Piganiol - 2009

Au fil des siècles, ces batteurs de cuivre confectionnèrent de petites pièces métalliques comme la noix, les aiguillettes (embouts au bord des baleines), le coulant (pièce qui circule le long du mat), ces petites pièces de cuivre entrent dans la fabrication d'un parapluie. Nos denses forêts fournirent le bois pour les mâts et les baleines.


Les paysans cantaliens partaient vendre leur bétail en Espagne et ramenaient des pièces de coton utilisées pour les toiles de parapluie. 
Et c'est ainsi que naquit le Parapluie d'Aurillac...

Doc "Aurillac Berceau du Parapluie"
Auteur Jean Piganiol - 2009


Bien qu'Aurillac soit considérée comme LA capitale du Parapluie Français, ce fut néanmoins à Paris, au coeur du XVIIIe siècle que débuta la production de cet objet bien utile. Mais à cette époque, les fabricants de toutes les entreprises de parapluies étaient tous originaires du Cantal ! 


Bagues de parapluie "L'Aurillac"
source image lexnews.fr

Aurillac est aujourd'hui le dernier centre français de production du parapluie.


Photo Nathanaëlle C.

Le Parapluie à Travers les Âges...

Le parapluie a pour ancêtres le parasol et l'ombrelle utilisés à l'étranger plusieurs siècles avant d'être fabriqués en France. Cependant, leur processus de fabrication diffère un peu de celui du parapluie.

La première représentation d'ombrelle date de -485 av-J-C. Il s'agit d'un bas-relief sculpté dans la pierre du temple du roi perse Xerxès 1er, représenté sous un parasol, symbole de son pouvoir dans la cité de Persépolis.

Roi Xerxès 1er de Perse
Source image  :Wikipedia

En Egypte ancienne, le parasol servait aussi à protéger les pharaons, le hiéroglyphe en forme de parapluie signifie "royauté" ou "pouvoir royal". 

Déesse Noùt
Plafond de la Salle Funéraire de la tombe de Ramsès V et VI
Vallée des Rois n° KV9
Via 



Le parasol symbolisait le corps de la déesse Noùt, mère du soleil et des étoiles, dont le rire engendrait le tonnerre et les larmes la pluie. Elle ne touchait le sol qu'avec l'extrémité des doigts et des orteils. Pour les Egyptiens, le corps de Noùt formait la voûte céleste.


Déesse Noùt


En Chine, au 12e siècle avant notre ère, un charpentier inventa une protection contre le soleil et l'offrit à son épouse. Bien plus tard, cette ombrelle devint un symbole de pouvoir... Sans omettre le caractère sacré de la forme de l'ombrelle, les branches symbolisaient l'équilibre du cosmos, et la toile, la voûte étoilée, comme chez les Egyptiens...



Empereur
Via TravelChinaGuide


On a retrouvé, dans un parfait état de conservation, le chariot de l'empereur Qin Shi Huang, datant de - 212 av J-C, entouré de son armée de soldats de terre cuite sur le Site de Xi'an en Chine.

Source site Heurtault


Dans l'Antiquité, le parasol était indispensable pour les Grecques, et les Romaines customisaient leurs ombrelles, indispensable accessoire de mode qui servait aussi à se protéger des regards divins lors des orgies... 
Phidias a même immortalisé une ombrelle sur les frises du Parthénon.


Doc "Aurillac Berceau du Parapluie"
Auteur Jean Piganiol - 2009

On s'abritait aussi du soleil sur le Forum, aux jeux du cirque, car le vélum prévu pour protéger les spectateurs n'était jamais entretenu. Mais, effet publicitaire avant l'heure, les dames portaient des ombrelles aux couleurs des conducteurs de chars favoris.

Mosaïque Dame à l'Ombrelle
Site du Port d'Ostie

Du Moyen-Âge au XVIIIe Siècle

Le parasol commençait à poindre lors des cérémonies religieuses. Le Pape Alexandre III en offrit en remerciement au Doge Sébastiano Ziani en l'an 1177 : 


Le Pape Alexandre III présente le Parasol au Doge Ziani
1177
Manuscrit enluminé
Musée Correr - Venise
Clic pour agrandir le document

Au Moyen-Âge, le parapluie n'existait pas encore et l'on remontait son capuchon pour se protéger des éléments, capuchon nommé "Chape à pluie" (appelé aussi "Balandras") parfois agrémenté de tissu chic, à l'instar, plus tard, du roi Henri IV dont le "chapeau de pluye était garny de taffetas". 
Cathédrales et basiliques virent apparaître l'Ombrellino lors des processions.

Ombrellino de la basilique Saint-Sauveur de Rennes
Image Wikipedia

En 1533, Catherine de Médicis arrivait en France afin d'épouser le futur Henri II, elle n'avait pas 15 ans mais apportait dans ses malles l'ombrelle et l'éventail. L'ombrelle devint, bien sur, privilège de rois, mais le terme de "Parapluie" (parasol enduit de toile cirée) apparut dans les Farces de Tabarin en 1622, mais ne sera admis au Dictionnaire de l'Académie Française qu'en 1718.


Catherine de Médicis vers 1555
Oeuvre attribuée à François Clouet
Document Wikipedia


Avec le temps, le parasol devint fort encombrant, ainsi que le raconte l'humaniste Henri Estienne en 1578, dans ses "Dialogues du Nouveau Langage François Italianzé" : 
"Devenu d'une grandeur démesurée, soutenu d'un baston.../...Estant ployé et tenant bien peu de place, quand ce vient qu'on en a besoin, on l'a incontinent ouvert et estendu en rond jusqu'à couvrir 3 ou 4 personnes". 
Et Montaigne de rajouter "Que ces parasols dont l'Italie se sert chargent plus les bras qu'ils ne chargent la tête"


Antoine Van Dyck
Portrait de la Marquise Elena Grimaldi 
1623
Baroque Hollandais


Pour protéger de la pluie le jeune Louis XIII âgé de 6 ans, une sorte de dais rond tenu par son page Bompard était maintenu au dessus de sa tête. Les dames de la Cour utilisaient ce dais, mais les hommes préféraient encore leur capes...


Charles le Brun
"Le Chancelier Séguier"
vers 1655-1660
Musée du Louvre - Paris
Notice
Classicisme

Un artisan utilisa du bouracan (étoffe de laine tissée très serrée et non croisée) et de la toile cirée pour créer un parasol pour la pluie. Avec ses 1,600 kg, son mat de chêne le rendait très lourd à porter. Cependant, en 1673, on répertoria le parapluie dans le mobilier royal car sous le règne de Louis XIV, l'usage du parapluie était devenu courant.


"Marie Thérèse d’Autriche, Reine de France et de Navarre"
Dessin de Jean-Baptiste Martin
 Gravé par Nicolas Bazin
1682


Seuls les maîtres boursiers*- colletiers* - pochetiers* avaient le droit de fabriquer les parapluies. 
Petit à petit, ils remplacèrent la toile cirée par le taffetas gommé, tendu sur de légère tiges en jonc. Un anneau glissant le long du manche permettait de fermer le parapluie, on le remontait pour l'ouvrir et on l'arrêtait grâce à une grosse épingle. 


Pierre-Auguste Renoir
"Les Parapluies"
1883
Impressionnisme

Peu d'écrits existent, Furetière en parlait comme un "petit meuble portatif, ou couverture ronde portée à la main pour défendre sa tête des grandes ardeurs du soleil et de la pluie, auquel cas, il était nommé parapluie". 
* Boursier : fabricant de bourses, besaces, sacs de peau et de velours, ceintures herniaires, parasols et parapluies (source : vieux métiers.org)
* Colletier : fabricant de colletins (justaucorps sans manches en maroquin ou en buffle)
* Pochetier : tailleur (source enclyclopédie.eu) 


Dame se promenant à la Campagne
1675-1677

La gravure de Jean de Saint-Jean d'après Bonnart "Dame se promenant à la Campagne" de 1675 est sans doute la première représentation de l'ombrelle moderne.


Régence
Gravure de Dupin


Sous la Régence, le dais rond devint ombrelle montée sur bambous des Indes, décorée de crépines d'or et d'éffilés de perles, panaches de plumes et reflets de soie, au charmant nom de "Balancier des Grâces"

Et le parapluie devint canne...

Source Parasolerie Heurtault

Le "Parapluye pliant du Roy" Document de 1715

"Parapluyes et parasols à porter dans la poche..."  
"Les parapluyes dont M.Marius a trouvé le secret ne pèsent que 5 à 6 onces. Ils ne tiennent pas plus de place qu'une petite écritoire et n'embarrassent point la poche. Ainsi chacun peut, sans s'incommoder, en avoir un sur soy par précaution contre le mauvais temps (!) Ils sont cependant aussi grands, plus solides, résistent mieux aux grands vents, et se tendent aussi vite que ceux qui  font en usage" "Témoignage que Messieurs de l'Académie Royale des Sciences en ont rendu"

Richard Caton Woodville
"Jonas Hanway Pioneers the First Umbrella in London"


Selon de nombreuses sources et témoignages, le premier à introduire l'usage du parapluie à Londres vers 1756, était, non pas Cantalien lol, mais Anglais : le voyageur philanthrope  Sir Jonas Hanway (1712-1786). Afin d'éviter rhumes et soucis de santé à ses concitoyens, Hanway eut cette idée après avoir vu les Parisiens avec leur "toit portable" car le parapluie était très à la mode à Paris au milieu du XVIIIe et se transformait en canne.



Jonas Hanway
Granger Collection
Via Posterlounge

Dans le langage populaire anglais, le nom d'Hanway est devenu aujourd'hui un nom commun pour désigner le parapluie, au même titre que nous employons le mot "pépin", ici en France. 

Eishi Hosoda
(1756-1829)
"Une Beauté dans la Neige"
Ukiyo-e

Joseph Montgolfier avait tenté de réaliser une ombrelle géante de plus de 2 mètres de diamètres équipée d'une nacelle après avoir appris la légende de l'empereur Shun que son père, le cruel Ku-Sou vouait faire disparaître. Ku-Sou avait enfermé Shun dans une tour et y mit le feu, mais Shun réunit plusieurs parasols coniques et sauta de la tour en flammes. 



Aérostat
Restif de la Bretonne quant à lui, décrivit dans l'un de ses romans, un parapluie volant servant de parachute.

Ezio Marzi
"Girl with open umbrella"

En 1718, l'Académie Française admit le terme de "parapluie" "qui sert aussi bien à se protéger du soleil que de la pluie". Vers 1750, l'écrivain et philosophe Jean-Jacques Rousseau prônait le retour à la Nature, il suscita alors une grande ferveur pour l'ombrelle.


Jean Ranc
(1674-1735)
"Vertumne et Pomone"
1710
Musée Fabre - Montpellier - France

En 1769, la Maison Antoine, fabricant de cannes et parapluies, obtint le privilège de louer ces objets. Un service de parapluie publics fut donc créé afin de traverser le Pont Neuf, endroit particulièrement fréquenté de la Capitale, moyennant 2 liards par personne. On passait donc le pont Neuf à l'abri avant de  retrouver l'abri des ruelles de la rive gauche ou les échoppes des quais de la rive droite. Un bureau était installé de part et d'autre du pont et l'on devait rendre l'objet (parapluie ou parasol) du côté opposé.



(c) Jack Vettriano
"The Purchase Man"

En 1770, un confit éclata entre les corporations de tourneurs (qui fabriquaient les manches) les  boursiers (qui assemblaient et vendaient les instruments) et les boisseliers (ouvriers du bois pour la confection du manche). Chacun voulait s'attribuer le droit de créer et vendre les parapluies. Le Parlement décréta en 1773 "les boisseliers devaient se contenter de fournir le manche des parasols aux boursiers". Ceux-ci s'unirent aux ceinturiers et aux gantiers en 1776, pour "avoir le droit de fabriquer et faire toutes sortes de parapluies et parasols et les garnir..."

(c) Jack Vettriano
"The Singing Butler"
1992

Très populaire sous la Révolution, le parapluie servait de tente aux marchandes, mais aussi d'épées... 
En Mai 1793, à l'Assemblée Nationale, Théroigne de Méricourt, accusée de soutenir un Girondin,  fut frappée par les Jacobines avec des parapluies ! Elle dut son salut à Marat.


Marie Bashkirtseff
"Le Parapluie"
1883
Musée d'Etat Russe
Saint-Petersboug - Russie
Réalisme
En 1793, le général Pierre Riel de Beurnonville fut, lui aussi, à l'origine du parachute en sautant de 30 mètres à l'aide de deux parapluies réunis de la forteresse d'Örmultz (Olomouc), mais il faillit périr noyé dans les douves.

Janet et Anne Grahame Johnstone
 Dean s Gift Book of Nursery Rhymes
Illustration

Les parasols des Incroyables et Muscadins n'avaient rien à envier à l'ombrelle réservée aux Merveilleuses... Profusion d'étoffes précieuses brodés de fils d'or ou d'argent et cachemires aux couleurs éclatantes. 

 Edmund Blair Leighton
"A Wet Sunday Morning "
1896
Préraphaélisme
Costumes Restauration Française

Au 19e siècle, le roi Louis-Philippe étendit l'usage du parapluie à toutes les couches de la population française et au milieu du siècle, les centres de productions étaient répartis sur tout le territoire. 


William Henry Margetson
Costumes 1830
Le parapluie devint "objet d'usage" grâce aux nombreuses améliorations techniques dont il bénéficia dont les 103 brevets d'invention et de perfectionnement survenus entre 1808 et 1851. 

Luis Jiménez Aranda
Dame à l'Exposition Universelle de Paris
1889
Collection Meadows  - USA
Impressionisme

Si la forme des pièces de la monture (noix, coulants, fourchettes etc...) a peu changé depuis le 18e siècle, les matériaux tels que l'acier à la place de l'os (chez les Etrusques), du bois, des fanons de baleine ou du cuivre ainsi que la création de la dragonne permirent une miniaturisation de l'objet. 


Sergio Bompard
"Spring Showers"

En 1705, l'ingénieux Jean Manus, de la Corporation des boursiers proposa un "parapluie pliant" à armature métallique dont poids n'excédait pas cinq onces (160 g) et dont la taille affleurait les six pouces (23 cm) au lieu des 2 kgs et 120 cm des parapluies traditionnels. Cette invention précoce n'eut pas le succès espéré, seule la Princesse Palatine, belle-soeur de Louis XIV, le mentionna en 1712 dans une lettre.


Prince William de Galles, Duc de Cambridge
Prince Harry de Galles
Getty Images

Dans l'Angleterre Victorienne, les banquiers de la City de Londres adoptèrent le parapluie comme symbole de la sécurité et de la confiance, (nombre de compagnies d'assurances et de banques le font apparaître dans leurs publicités).


(c) Inna Tsukakhina
Dame à l'Ombrelle

Devenu accessoire de mode indispensable jusqu'à la 1e Guerre Mondiale, l'ombrelle profita de toutes les fantaisies offertes par les fabricants et couturiers.
Sources : "Les ornements de la femme" - 1892 et Aurillac Berceau du Parapluie - 2009

(c) Jack Vettriano
"Right Time, Right Place"

L’entreprise Piganiol est une affaire familiale plus que centenaire où 5 générations se succèdent depuis sa création, le 1er Février 1884. Aujourd'hui leader du marché français et adorée par les Japonais, l'entreprise est régulièrement sollicitée par les marques de luxe pour les défilés de mode. L'impression des tissus est aujourd'hui numérique et la coupe se fait au laser, mais le parapluie reste tout une histoire et tout un poème à Aurillac. Ses produits de qualité ont été récompensés par le label Entreprise du Patrimoine Vivant qui lui a été décerné par le Ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi, pour la reconnaissance d’un excellent savoir-faire.


Mary Poppins ( Julie Andrews)
(c) Disney 1964



Et vous, que faites vous sous la pluie ? 
Réponse dans la vidéo ci-dessous.... lol




Maurice Prendergast 
"Parapluies sous l'Averse"
Musée des Beaux Arts de Boston
Impressionnisme
(c) Wlodzimierz Czurawski
Walking in the Rain
Louis Anquetin
"Femme au Parapluie"
1891
Post-Impressionisme

Louis Anquetin
Femme au Parapluie
1891
Post-Impressionnisme

I'm Singing in the Rain ! I m' laughing at clouds...



I walk down the lane, with happy refrain...

Istvan Szönyi
"Esernyôck"
(Parapluies)

Albert Aublet
"Sur la Plage, le Tréport"
1887
Réalisme

Marthe Marie Louise Boyer-Breton
"Sheltering Sisters"
1906

(c) Martta Wendelin
Illustration

lundi 23 décembre 2013

MERCI POUR LE CHOCOLAT !


(c)  Chernick
"Oh pour l'Amour du Chocolat !"


MERCI POUR LE CHOCOLAT ! 

En cette période de Fêtes, nous allons déguster du chocolat... Enfin, plus que d'habitude lol Ma gourmandise m'a donné envie d'en savoir un peu plus sur l'histoire de ce nectar qui enchante nos papilles... Et déjà, nous pouvons remercier la Nature, les Mayas, les Aztèques, Hernan Cortès, la reine Anne d'Autriche, Joseph Fry et ses petits-fils, Daniel Peter et bien d'autres... Vous allez voir...


Chocolats Pierre Hermé
Image Via

Commençons par le Cacaoyer...

Amateur d’ombre, le cacaoyer, arbuste tropical dont la taille varie entre 4 et 8 m laisse éclore, tout au long de l'année, de petites fleurs inodores directement sur son tronc gris et lisse. Ces fleurs évoluent en grosses baies ovoïdes nommées "cabosses" jaunes, rougeâtres ou brunes et renferment une quarantaine de graines. Le poids des cabosses peut atteindre 1kg.


Image TPE Chocolat


Le Cacao...

Comment le cacao, breuvage imbuvable à l’origine, mais boisson sacrée des Incas, a-t-il pu traverser les millénaires, le temps de s’améliorer au point de devenir le velours tant goûté par nos palais ?


Cabosses & Fèves de Cacao
Image Pinterest


D’après certains botanistes, le cacao était présent dès 4000 ans avant Jésus-Christ dans certaines régions de l’Amérique du Sud, comme l’Amazonie et l’Orénoque. Mais sa plus ancienne trace date de 1600 avant Jésus-Christ, sous la forme de bols mayas découverts en 1895 par des archéologues américains. On est encore loin des bols de nos petits-déjeuners, de ceux que l’on avait, enfant, avec notre prénom calligraphié sur la faïence bretonne lol.



Célèbre Chocolat du Salon de Thé Angelina - Paris


La boisson, que les témoignages nous révèlent peu goûteuse, était à l’origine consacrée aux cérémonies et rituels. Les Mayas préparaient le Chacau Haa en pilant des fèves de cacao, y mêlant épices et eau, résultat d’une insoutenable amertume. Ils l’agrémentaient de "pimenta", douce épice au  goût de cannelle et de muscade tirée d’une myrtacée sans aucune parenté avec le piment. Mais les propriétés de cette boisson au cacao terriblement excitantes et hallucinogènes provenaient d’un autre ingrédient : le xtabentùn, issu des graines de Turnera corymbosa, une grande liane herbacée, contenant un puissant alcaloïde proche de celui de l’ergot de seigle dont on pouvait mesurer les effets chez les malheureux atteints des feux de Saint Antoine.



Gravure XVIIIe
Plus tard, les Aztèques tentèrent en vain de faire oublier l’amertume de la boisson en ajoutant de la vanille et du miel. Ce nouveau breuvage prit le nom de Xocoalt, soit « eau amère », ce qui indique l’amélioration très relative apportée par ce peuple. Ce fut seulement au XXe siècle que l’on découvrit l’origine de cette amertume : la théobromine, substance proche de la caféïne, aux effets similaires. On comprend alors le pouvoir stimulant mis à profit pour certains rituels religieux, et pour donner du tonus aux populations Maya et Aztèque. Les utilisations religieuses incitèrent le botaniste Carl Von Linné à nommer la plante « Théobroma » : la nourriture des dieux.


M. E. Descourtilz
Document Harvard Université

La remarquable destinée du cacao repose sur un quiproquo : la mythologie aztèque prévoyait le retour de Quetzalcoatl, le dieu Serpent à Plumes, et les Indiens l’attendaient avec ferveur. Le jour du grand retour prévu par leur calendrier, ils virent arriver Hernan Cortès et sa flotte. Cette coïncidence entoura le conquistador d’une aura mystique, il se vit honoré par le don d’une plantation de cacaoyers.


Hernan Cortès
Image Wikipedia


25 ans plus tôt, Christophe Colomb avait dédaigné la boisson en faisant jeter les fèves offertes par les Amérindiens par dessus bord, les confondant avec de vulgaires crottes de chèvres ! Mais en 1519, après avoir goûté ce breuvage offert par l'empereur Moctezuma en personne, et contrairement à son prédécesseur, Hernan Cortès prit tout la mesure de l’importance économique que les Indiens accordaient à la plante, (elle était même leur monnaie d’échange : on payait en fèves) et pressentit le parti à en tirer en la transposant, d’une certaine manière, en Europe.


Luis Egidio Melendez
"Chocolatière, brioche, tasse et biscuits" 1770.
Huile sur toile, 50 x 37 cm
Madrid, Musée du Prado
Notice

Le Chocolat en Europe

En 1528, Hernan Cortès revint en Espagne, les cales de ses bateaux remplies de plantes encore inconnues en Europe. Plantes qui allaient révolutionner nos habitudes : la tomate, la pomme de terre, le maïs, le haricot blanc, les courges, le piment, le tabac et le cacao. Dans son panégyrique de la plante, Cortès précisa à Charles-Quint que le cacao entrait dans l’élaboration d’une préparation excitante et fortifiante : « une tasse de cette précieuse boisson permet à un homme de marcher un jour entier sans manger ». 


Juan de Zurbaran
"
Nature morte au bol de chocolat"  - Vers 1640
Musée de Besançon
Notice
Baroque


Cortès avait aussi rapporté les quelques ustensiles pour la fabrication de la boisson. Le succès fut immédiat auprès de la noblesse espagnole, malgré quelques grimaces, car la boisson était encore loin de notre chocolat mousseux et sucré. Ce fut seulement en 1585 que d’importantes cargaisons débarquèrent du Mexique et incitèrent à mettre en place un vaste réseau d’approvisionnement régulier. 



Alfons Mucha
"Chocolat Mexicain"
Art Nouveau

De son coté, la noblesse établie au Mexique améliora la boisson, d’abord en y ajoutant du suc d’agave, de la vanille, du musc ou de la fleur d’oranger, mais surtout en buvant le chocolat chaud, alors que les Indiens le buvaient froid.


Henri Matisse
Nature morte à la Chocolatière"
Huile sur toile, 1900-1902
Centre Pompidou
Fauvisme


Plus tard, Les Carmélites d’Oaxaca eurent l’idée d’y ajouter du sucre qui abondait dans les vastes plantations de canne. L’habitude fut vite adoptée dès qu’elle parvint en Europe. Les recluses des couvents d’Espagne apportèrent la dernière amélioration en ajoutant le lait.



Jean-Étienne Liotard
"La Belle Chocolatière"
1843-44 - Pastel
Gemäldegalerie Alte Meister - Dresde
Via
Clacissisme


Charles-Quint incita à la production du cacao, en fit un monopole d’Etat assorti des inévitables taxes. Les premières chocolateries espagnoles s’ouvrirent vers la fin du XVIe siècle. Le chocolat chaud gagna toutes les cours d’Europe mais ce fut en 1615, par le mariage de la fille du roi d’Espagne, Anne d’Autriche et de Louis XIII que le chocolat franchit les Pyrénées et séduisit la noblesse de France. La boisson fut portée par des ambassadeurs de choix tels que Madame de Sévigné ou le Cardinal Richelieu et plus tard, par Madame de Maintenon, dernière épouse de Louis XIV. En 1559, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie apporta les fèves de cacao dans le Piémont, au Nord de l’Italie, où le chocolat trouva une terre d’accueil et occupe toujours aujourd’hui la même place de choix que le café.


Joseph Vernet
"Seconde vue du port de Bayonne, depuis l'allée des Boufflers"
1755
Musée de la Marine - Paris
Classicisme

Le Chocolat de Bayonne

Si l’on vous dit Bayonne, vous répondez jambon… Or, Bayonne est la ville française du chocolat. Au début du XVIe siècle, chassés d’Espagne et du Portugal par l’Inquisition, de talentueux chocolatiers juifs s’installèrent dans le bourg de Saint-Esprit. Mais leur succès rendit jaloux et les échevins de Bayonne leur interdirent la fabrication et la vente du chocolat dans la ville. En 1761, les maîtres chocolatiers créèrent une corporation afin de les évincer définitivement ! A la fin du XVIIIe siècle, le chocolat de Bayonne s’exportait à Paris et dans les grandes villes. Bayonne s’affirmait par la qualité de sa production et par le nombre de chocolatiers : 31 en 1854.

Jean-Etienne Liotard
"La Chocolatière" 1744
Classicisme
Révolution de Palais…

Vers 1650, le cacao arriva en Angleterre et son succès fut si rapide qu’il en vint à sévèrement concurrencer le thé de Chine et le café d’Orient. Dans les "Chocolate Houses" londoniennes, on servait le chocolat dans un verre de vin de Madère échauffé, mélangé à un jaune d'oeuf afin de l'épaissir et de lui donner plus d'onctuosité. Le breuvage variait d'un pays à l'autre, en fonction des goûts locaux et de l'imagination des préparateurs.


Pietro Longhi
"Le Chocolat du Matin" 1777

Ca Rezzonico Venise
Via Reproarte



Quant à Marie-Antoinette, elle créa la fonction de "Chocolatier de la Reine" afin que son pâtissier lui prépare le breuvage au lait d'amande douce pour digérer, au bulbe d'orchidée pour fortifier, à la fleur d'oranger pour les nerfs, bien qu'elle préféra son chocolat simplement avec du sucre et de la vanille.


Chocolat du Salon de thé Ladurée - Paris
Image Pinterest

En 1828, le Hollandais Casparus Van Houten trouva un procédé pour extraire une grande partie de la graisse contenue dans les fèves : le beurre de cacao. Il obtint une matière moins onctueuse, cassante, facilement réductible en poudre. Ce fut une révolution industrielle car cette poudre permettait de faire rapidement une boisson (plus tard, nous dirons « instantanée ») mais également d’associer sucre et chocolat, prélude à la fabrication du chocolat à croquer. 


Alfons Mucha 
Affiche 1897
Art Nouveau


En 1847, l’Angleterre présentait la première tablette de chocolat grâce à Joseph Fry.  

Joseph Fry et le chocolat en tablettes : 

Le chocolat se buvait mais ne se croquait pas... Pas encore... On obtenait des fèves de cacao broyées une pâte à diluer dans de l'eau chaude avant de servir. Depuis 1670 cette pâte pouvait être consommée sous forme de rochers, de pastilles ou de petits gâteaux. Mais la pâte de cacao très dure une fois sèche, ces préparations n'avaient guère les faveurs du public. 


Chocolat Fry - 1910
 Image Wikipedia

Au milieu du XVIIIe siècle, Joseph Storrs Fry premier du nom, médecin apothicaire issu d'une famille quaker, s'installa à Bristol. Plus attiré par le commerce que par la pharmacie (il importa entre autres de la porcelaine de Chine, et fabriquait du savon), il remarqua l'engouement de l'aristocratie pour le cacao, et ses bienfaits pour la santé. Vers 1780, Joseph Fry ouvrit donc à Bristol une petite manufacture de pâte de chocolat. A sa mort, en 1787, l'affaire passa à sa veuve Anna Fry et à son fils aîné, Joseph Storrs Fry II. En 1795, alors âgé de 28 ans, celui-ci eut l'idée d'utiliser une machine à vapeur pour le broyage des fèves de cacao. Cette innovation lui permit de produire de la pâte de chocolat en grande quantité. 


Fry Factory - Bristol - Image Flickr


A la tête de la maison "J.S. Fry & Sons" après la mort de leur père, en 1835, Joseph, Francis et Richard Fry, à la recherche d'un procédé original pour se démarquer de leurs confrères, découvrirent qu'en mélangeant du beurre de cacao, du chocolat en poudre Van Houten et du sucre, ils obtenaient une pâte molle à verser dans des moules : le chocolat à croquer ! La découverte donna naissance à une nouvelle manière de consommer le chocolat : la plaque. "Chocolat délicieux à manger" : tel était le slogan, en français dans le texte, présenté officiellement lors d'une exposition tenue à Birmingham en 1849.




En 1875, Daniel Peter mis au point la fabrication du chocolat au lait, grâce au lait en poudre inventé en 1866 par Henri Nestlé. Dès lors, le monde entier se "chocolatisa"



Chocolaterie Courtin



En 1879, Rodolphe Lindt inventa la technique du conchage, par laquelle on obtint la consistance et la saveur du chocolat actuel.


Trois Cacaoyers pour nos Chocolats :

Les Conquistadors firent la connaissance du cacaoyer à cabosses rougeâtres, pointues et verruqueuses à fèves blanches. Ils étendirent sa culture jusqu’à l’actuel Venezuela et plus au sus, où ils découvrirent un cacaoyer aux cabosses jaunes et lisses renfermant des fèves plates et violettes. Afin de différencier les deux plantes, ils nommèrent la première "du cru" ou "créole" soit Criollo en espagnol, et la 2e "Forastero" pour l’avoir découvert dans la Fôret Amazonienne. Plus à l’ouest, on cultivait un autre cacaoyer aux graines plus charnues et à l’arôme plus subtil, avec une pointe de jasmin et de fleur d’oranger, ce fut "Arribo" que les Equatoriens nomment "Nacional". Ces 3 cacaoyers sont à l’origine de tous ceux cultivés dans le monde.


A boisson de luxe, ustensile d’orfèvre… La chocolatière faisait partie du cérémonial. De porcelaine, de vermeil, de cuivre ou d’argent finement ouvragée, elle était l’apanage de l’aristocratie des XVIIIe et XIXe siècles, et devint une « commodité de conversation » en ce sens qu’elle facilitait la convivialité en société.

Photo (c) Jean-Gilles Barizzi
Chocolatière or sur argent
 offerte par Louis XV à la reine Marie Leczinska en 1729
lors de la naissance du Dauphin de France.
On retrouve l'emblème du dauphin
sur les pieds de la chocolatière et sur le bec verseur


L’alchimie du Cacao :

Au commencement, il y a la cabosse mûre qui éclatée, laisse voir ses belles fèves d’un blanc rosé, lisses et parfaitement jointées les unes contre les autres, mais âpres et acides, elles sont immangeables en l’état et ne laissent en rien soupçonner la saveur du futur chocolat. On connaît le processus qui y mène mais l’on ignore qui eut l’idée de faire fermenter les fèves et de les torréfier. La trace est perdue car les Espagnols firent hélas table rase de tous les savoirs indiens en la matière et partirent dans une autre voie.


(c) La Maison du Cacao de Pointe Noire
Guadeloupe

Lors de l’écabossage, les fèves et leur pulpe se retrouvent à l’air libre et contaminées par les micro-organismes ambiants, dont le premier est la levure de bière qui provoque une fermentation alcoolique. La transformation des sucres en alcool s’accompagne d’une élévation de température à plus de 40°C, fatale à la levure de bière. Après ce hara-kiri physiologique, d’autres bactéries prennent le relais, notamment l’Acetobacter qui transforme l’alcool en vinaigre. Ce n’est pas encore le moment de convoquer les gourmands… lol


Cabosse de Cacao

L’acidité attaque alors les parois des fèves et ouvre le passage aux enzymes bactériens vecteurs de la transformation des protéines en précurseurs des arômes du cacao. Les polyphénols (comme dans le raisin) responsables de l’amertume sont détruits, les tanins se concentrent. Au bout d’une semaine de ce traitement, les fèves sont mises à sécher, au soleil ou à l’étuve, la teneur d’eau chute de 60% à 8%.Vient ensuite la torréfaction, étape cruciale dans la libération des arômes. Une grande partie de la réussite se niche dans ce rendez-vous des savoir-faire. Une fois les fèves broyées, il résulte enfin l’onctueuse pâte de cacao, matière première à toutes les transformations.


Chocolat Lenôtre
image Pinterest


Cabaret Littéraire :

Un virelangue, un fourchelangue, ou encore un casse-langue, est un court texte caractérisé par la difficulté de sa prononciation. Il est surtout destiné à parfaire la diction des comédiens. Pour rester dans le thème du cacao, voici un classique que n’aurait pas renié BobyLapointe… Mais je suppose que, comme moi, vous le connaissez par cœur lol

Kiki était une coquette cocotte et Koko, un concasseur de cacao. La coquette cocotte Kiki aimait beaucoup Koko le concasseur de cacao et convoitait un coquet caraco kaki à col de caracul*. Koko, le concasseur de cacao ne pouvait offrir à la coquette cocotte Kiki qu’un caraco kaki mais sans col de caracul. Or un coquin marquis caracolant, caduc et cacochyme, conquit par les coquins quinquets de la coquette cocotte Kiki, lui offrit un coquet caraco kaki avec un col de caracul. Quand Koko le concasseur de cacao apprit que la coquette cocotte Kiki avait un caraco kaki avec un col de caracul offert par ce coquin de marquis caracolant, caduc et cacochyme, il en conclut qu’il était cocu et cloua son caquet ! 

*Astrakan


(c) Fauchon - Paris


Bonne dégustation de chocolats à toutes et tous en cette période de Fêtes ! 


JOYEUX NOËL ! 


Pour vous mettre l'eau à la bouche et parce que nous fêtons Noël, voici quelques gourmandes Bûches parisiennes... (Pour Christine ! lol) 

Bûche crée pour les 110 ans d'Angelina - Paris



Bûche "Trésor des Forêts" Fauchon - Paris
"Victoria" Bûche Thoumieux - Jean-François Piège
Bûche "Ombre et Lumière" Pierre Hermé - Paris


Bûche de Noël Angelina - Paris
Habillée par Alexis Mabille
Bûche de Noël Cyril Lignac
"Noël à la Montagne" Bûche Pierre Hermé